Combien de temps d’arrêt votre entreprise peut-elle vraiment tolérer ?

9–14 minutes

En bref : Combien de temps d’arrêt une entreprise peut-elle tolérer ? Ce chiffre se calcule, il ne se devine pas dans une moyenne trouvée en ligne. Un gabarit en quatre postes, revenus perdus, salaires improductifs, pénalités contractuelles et réputation, le donne en une trentaine de minutes, sans consultant. Ce chiffre devient ensuite la cible que votre plan de relance doit atteindre.

combien de temps d'arrêt une entreprise peut-elle tolérer : le gabarit en quatre postes

Vous avez vécu une panne de trois heures le mois dernier, ou vous avez regardé un concurrent la vivre. Les courriels ne sortaient plus, les commandes s’accumulaient, quelqu’un demandait toutes les vingt minutes si c’était réglé. Vous avez survécu. Mais combien de temps d’arrêt une entreprise peut-elle tolérer, concrètement, avant que la situation devienne vraiment grave, celle qui coûte un client, une livraison ou une réputation ?

Ce guide ne vous donne pas un chiffre moyen tiré d’une étude américaine vendue par un fournisseur d’infogérance. Il vous donne la méthode pour calculer le vôtre, avec les chiffres que vous avez déjà dans vos livres.

Combien de temps d’arrêt une entreprise peut-elle tolérer, et combien coûte une heure d’arrêt ?

Le calcul tient sur quatre postes. Additionnez-les pour un système donné, votre facturation, votre entrepôt, votre courriel, et vous obtenez un coût horaire d’arrêt propre à votre entreprise, pas à une entreprise moyenne de cinquante employés dans une étude qui ne vous ressemble pas.

PosteComment l’estimerChiffrable en dollars ?
Revenus horaires perdusChiffre d’affaires annuel divisé par les heures ouvrées, multiplié par le pourcentage de ventes réellement bloquées par la panne (rarement 100 %)Oui
Masse salariale improductiveNombre d’employés dont la tâche dépend du système en panne, multiplié par leur taux horaire chargéOui
Pénalités contractuellesClauses d’entente de niveau de service (SLA) envers vos clients, pénalités de retard, remboursements prévus au contratOui, si vos contrats existent
Atteinte à la réputationClients qui migrent ailleurs, couverture négative, confiance entaméeNon, à documenter en mots, pas en dollars

Les trois premiers postes se chiffrent en dollars canadiens, avec vos propres chiffres. Le quatrième ne se chiffre pas honnêtement, et prétendre le contraire fabrique un faux sentiment de précision. Notez-le, décrivez-le, mais ne l’additionnez pas au reste.

Trois étapes suffisent pour produire un premier chiffre :

  1. Isolez un système à la fois : votre facturation, pas « l’informatique » prise en bloc.
  2. Remplissez les trois premiers postes avec vos chiffres réels des douze derniers mois.
  3. Divisez la somme par le nombre d’heures que la dernière panne a réellement duré : vous obtenez votre coût horaire d’arrêt pour ce système.

Pourquoi la tolérance aux pannes de votre entreprise est plus courte que vous pensez ?

Le chiffre que vous venez de calculer suppose une panne isolée, répartie également dans une journée normale. Dans les faits, la tolérance réelle d’une entreprise se referme plus vite que ça, pour trois raisons qui n’apparaissent pas dans un calcul horaire simple :

  • La paie a une date : si votre système de ressources humaines tombe la veille d’un cycle de paie et reste en panne, l’heure 40 n’est pas comme l’heure 4. Le calendrier décide, pas la logique de coût horaire.
  • Les livraisons ont un rendez-vous : une entreprise qui expédie à heure fixe perd la fenêtre au complet, pas seulement l’heure. Le camion part sans la commande, et la prochaine fenêtre est demain.
  • Les portes ont une heure d’ouverture : un commerce, une clinique ou un point de service qui ne peut pas encaisser ou accueillir dès l’ouverture ne perd pas des heures d’arrêt distribuées également, il perd sa pire heure, celle où l’achalandage est le plus élevé.

Votre tolérance n’est donc pas un nombre plat. Elle a des creux, souvent autour d’une date de paie, d’une fenêtre de livraison ou d’une heure de pointe. Repérez ces creux avant de fixer un chiffre unique : c’est souvent le plus court d’entre eux qui doit gouverner votre plan, pas la moyenne de votre journée.

Pourquoi les moyennes de « cost of downtime » trouvées en ligne ne vous aident pas ?

Une recherche rapide en anglais sur le « cost of downtime » retourne des dizaines d’infographies avec un chiffre moyen par heure, parfois par minute, parfois pour une entreprise de taille précise. Presque toutes proviennent d’un fournisseur d’infogérance, d’un fabricant de matériel de sauvegarde ou d’un assureur qui vend ensuite une solution juste après avoir affiché le chiffre.

Ce n’est pas nécessairement faux. C’est simplement construit pour vous vendre quelque chose, avec un échantillon d’entreprises qui ne ressemble pas à la vôtre. Une moyenne calculée sur des entreprises de mille employés ne dit rien d’utile sur ce qu’une panne coûte à une PME québécoise de vingt-cinq employés.

Nous n’avons pas de statistique neutre et vérifiée à vous proposer pour remplacer ces chiffres, et nous préférons vous le dire plutôt que d’en inventer une. La bonne nouvelle : vous n’en avez pas besoin. Le calcul de la section précédente vous donne un chiffre plus juste que n’importe quelle moyenne, parce qu’il vient de vos propres livres, pas d’un échantillon qu’on ne vous montre jamais. Combien de temps d’arrêt une entreprise peut-elle tolérer ? La seule bonne réponse est la vôtre, pas une moyenne américaine vendue par un fournisseur.

Une fois que vous savez combien de temps d’arrêt votre entreprise peut tolérer, qu’en faites-vous ?

Le chiffre que vous venez d’obtenir a un nom technique : c’est votre RTO, ou temps de relance visé (recovery time objective). C’est le nombre d’heures après lesquelles un système doit être rétabli, au-delà duquel l’arrêt devient plus coûteux que n’importe quelle mesure prise pour l’éviter.

Le RTO n’est pas un chiffre technique décidé par votre équipe informatique. C’est une décision d’affaires que vous venez de prendre, avec vos propres chiffres, que votre équipe technique traduit ensuite en moyens : fréquence des sauvegardes, redondance, contrats de service avec vos fournisseurs. L’ordre compte. Si votre équipe TI fixe le RTO à votre place, elle devine votre tolérance plutôt que de la mesurer.

Le RTO a un cousin, le RPO, ou point de relance visé (recovery point objective), qui répond à une autre question : combien de données pouvez-vous vous permettre de perdre, mesurées en temps depuis la dernière sauvegarde réussie ? Les deux chiffres se décident ensemble, et nous leur consacrons un article complet : RTO, RPO : les deux chiffres que votre direction doit connaître.

Ce que votre fournisseur TI promet et ce que votre chiffre exige : comment comparer ?

Une fois votre chiffre en main, une question simple se pose : votre capacité de relance actuelle l’atteint-elle ? La réponse ne se trouve pas dans un contrat, elle se trouve dans un test.

Beaucoup de dirigeants tiennent pour acquis que leurs sauvegardes suffisent parce qu’elles existent, ou que leur fournisseur « s’occupe de ça ». Un contrat d’infogérance mentionne rarement un RTO explicite, et quand il en mentionne un, il est souvent plus long que ce que vous venez de calculer, sans que personne ne l’ait jamais comparé aux deux.

L’écart entre les deux, votre tolérance calculée et votre capacité réelle de relance, est le risque que vous portez aujourd’hui sans le savoir. Le combler suppose de savoir précisément ce qu’exige une stratégie de sauvegarde et de relance sérieuse : fréquence, redondance, test de restauration périodique. Nous détaillons cette mécanique dans Sauvegardes, plan de relance et tests : le guide complet.

Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée pour de vrai n’est pas une garantie, c’est une hypothèse.

Qui devrait valider ce calcul dans votre organisation ?

Le calcul se fait en trente minutes, mais il ne devrait pas rester dans un classeur. Trois personnes devraient le voir, dans cet ordre :

  1. Votre direction financière : les trois premiers postes du calcul viennent de ses chiffres, et elle porte les pénalités contractuelles.
  2. Votre responsable des opérations : c’est elle qui connaît les creux de tolérance, dates de paie, fenêtres de livraison, heures de pointe.
  3. Votre fournisseur ou votre équipe TI, en dernier, pas en premier : c’est à eux de vous dire si votre capacité actuelle atteint le chiffre que vous avez fixé, pas l’inverse.

Si vous voulez ensuite formaliser un plan complet plutôt qu’un chiffre isolé, Sécurité publique Canada publie un guide gratuit de continuité des activités, et le Centre canadien pour la cybersécurité propose des conseils gratuits de cybersécurité pour les PME : deux bons points de départ avant d’aligner votre pratique sur un cadre reconnu comme l’ISO 22301.

D’autres questions reviennent une fois ce premier calcul fait : à quelle fréquence le refaire, que faire si le fournisseur ne peut pas garantir le chiffre, comment documenter la décision pour un conseil d’administration ou un assureur. Nous répondons aux plus fréquentes dans Continuité et relance : les questions qu’on nous pose.

Combien de temps d’arrêt une entreprise peut-elle tolérer ? Faites le calcul, il tient sur une page. Si l’écart entre votre chiffre et votre capacité réelle vous inquiète une fois la page remplie, il se mesure pour vrai : c’est exactement ce qu’un audit TI indépendant vérifie, sans rien vous vendre au bout.

Pour aller plus loin avec Factero :

Foire aux questions

Si mon fournisseur informatique ne garantit pas de délai de reprise (RTO), que dois-je faire ?

Demandez-lui un chiffre écrit, pas une assurance verbale. Le RTO n’est pas d’abord une décision technique que votre fournisseur tranche seul : c’est vous qui le fixez, comme décision d’affaires, et lui qui doit ensuite s’engager par écrit à le respecter. S’il ne peut pas chiffrer de délai précis pour un système donné, vous venez d’identifier l’écart le plus urgent à combler.

Faut-il calculer un RTO par système, ou un seul chiffre pour toute l’entreprise ?

Un chiffre par système critique. Votre facturation et votre courriel interne n’ont probablement pas la même tolérance, et les regrouper dans une seule moyenne dilue le calcul plutôt que de l’affiner. Commencez par le système dont l’arrêt vous coûterait le plus cher, puis répétez l’exercice pour chacun des autres.

Le RTO calculé plus haut est-il la même chose qu’un plan de continuité (PCA) ?

Non. Le RTO est un chiffre, le nombre d’heures que vous vous donnez pour rétablir un système après une panne. Le plan de continuité est le document plus large qui explique comment ce chiffre est atteint et maintenu : sauvegardes, rôles, procédures, tests réguliers. Le premier sans le second reste une intention, pas une capacité vérifiée.

À quelle fréquence refaire ce calcul ?

Au minimum une fois par année, et chaque fois que votre chiffre d’affaires, votre effectif ou vos contrats clients changent de façon notable. Un RTO calculé sur une entreprise deux fois plus petite qu’aujourd’hui ne reflète plus votre réalité, et un plan bâti sur un chiffre périmé protège moins qu’il n’y paraît.

Sources citées

À propos de l’auteur

Sébastien Robert, Associé principal

Sébastien Robert est l’associé principal chez Services conseils Factero. Il pratique en TI depuis 2002, avec une spécialisation en gouvernance, audit, cybersécurité et conformité. Il accompagne des organisations québécoises dans leur préparation à des certifications réglementaires et volontaires.

Services conseils Factero est une firme indépendante de services-conseils en gouvernance TI, cybersécurité et conformité, établie à Saint-Jean-sur-Richelieu (Québec). Factero est elle-même certifiée CAN/DGSI 104:2021 (Rév. 1 : 2024) dans le cadre du programme CyberSécuritaire Canada.

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